Pharrell Williams, l'un des producteurs les plus brillants et prolifiques de ces dix dernières années, est déjà entré dans l'histoire. Membre de l'imparable duo façonneur de beats que sont les Neptunes, Pharrell et son partenaire, Chad Hugo, ont contribué à faire vendre des millions d'albums à certaines des plus célèbres pop stars, voire même pour certains, comme Justin Timberlake, Nelly et Usher, à ce qu'ils remportent des Grammy Awards.
Contrairement à la plupart des producteurs, qui reste dans l'ombre et dont le visage est généralement inconnu, Pharrell est devenu une véritable star. C'est bien souvent sa voix que l'on entend derrière les refrains des imparables tubes qu'il a concocté, tandis que son joli minois a déjà volé la vedette dans certaines scènes des vidéo-clips les illustrant. Pharrell est également membre du trio rock N.E.R.D., réunissant Chad et son ami d'enfance Shae Thornton, qui a déjà engendré deux albums encensés par la critique et certifiés platine outre-Atlantique. Avec “Frontin'” extrait de la compilation The Neptunes Present... Clones sortie en 2003, il a aussi déjà un tube à son actif.
Le moment était donc venu pour lui de se lancer dans la réalisation de son premier album solo, In My Mind.
Poussé par l'enthousiasme de ses fans, Pharrell, natif de Virginia Beach, a décidé d'enregistrer un album entier. “Les fans que je rencontre me donnent l'impression que j'ai déjà réalisé un disque,” confie-t-il. “Du coup j'ai commencé à y songer sérieusement et j'ai fini par me dire que je devrais en faire un.”
Début 2005, Pharrell a donc commencé à travailler sur « In My Mind », un opus dans lequel il conjugue les deux facettes de sa personnalité, hip-hop d'une part et R&B de l'autre. Et d'expliquer: “Les titres hip-hop reflètent mon côté plus introspectif et ma manière d'envisager la vie, tandis que dans les morceaux R&B je dévoile mes côtés plus vulnérables.”
Dans “Can I Have It Like That”, le premier single extrait réalisé avec la participation de Gwen Stefani, Pharrell débite ses rimes implacables sur un groove hip-hop nostalgique évoquant étrangement un certain album de LL Cool J de 1987, I'm Bad. Dans “Keep It Playa” avec Slim Thug, il se sert de tambours de fanfare et de guitares thématiques pour obtenir des effets dingues.
Dans les morceaux R&B, Pharrell n'hésite pas à évoquer ses points faibles. Dans “Angel”, single sorti simultanément avec “Can I Have It Like That”, Skateboard P envisage de rencontrer le père de sa petite amie. Dans “Young Girl”, qui évoque la pop des années 80, il parle avec Jay-Z de rendez-vous avec des femmes plus jeunes, mais ne mâche pas ses mots dans le très explicite et 'Prince-sque' “Creamsicle”.
La différence entre « In My Mind » et les autres disques de hip-hop, c'est l'esprit positif qui s'en dégage, comme dans l'autobiographique “Best Friend”, où Pharrell confie des souvenirs touchants de son enfance et de sa regrettée grand-mère. Il n'hésite pas non plus à conseiller à ses auditeurs de ne pas avoir peur de poursuivre leurs rêves dans un “You Can Do It Too” aux ambiances jazzy, ni à exprimer sa gratitude pour son succès et demander pardon pour ses défauts dans “Our Father”.
Si Chad n'a pas participé à la réalisation de « In My Mind », il a néanmoins passé du temps en studio avec Pharrell. Il dit d'ailleurs qu'en écoutant ce disque, il se sent inspiré. “Comme nous venons d'une petite ville, ça n'a pas été facile pour nous,” confie Chad. “Virginia est une ville tranquille et nos parents n'ont probablement jamais imaginé pour nous une telle carrière dans la musique. Nous avons démarré avec un 'band camp' sans envisager un réel avenir dans cette voie. Nous étions entourés d'amour que nous avons répandu autour de nous et je crois qu'il veut nous faire comprendre qu'on est tous capable d'en faire autant. C'est ce que je ressens en écoutant son disque.”
Pharrell s'est toujours passionné pour la musique. A l'âge de sept ans, il commence à affûter ses goûts musicaux suite au déménagement de sa famille du centre-ville pour la banlieue de Virginia Beach. “Chez nos voisins d'en face il y avait un groupe de bikers appelé The Renegades, c'était des genres de Hell's Angels,” raconte Pharrell. “Ils écoutaient beaucoup de rock 'n' roll, des trucs comme 'Born To Be Wild'. Chez moi, en revanche, ma mère et mon père écoutaient plutôt Earth, Wind & Fire, mais j'entendais aussi Rick James et Queen à la radio. Tout cela est resté imprégné en moi.”
Pharrell et Chad se rencontrent au début du lycée et forment bientôt un groupe. A l'occasion d'un concours de jeunes talents, ils attirent l'attention du producteur de New Jack , Teddy Riley, célèbre notamment pour son travail sur l'album de Bobby Brown, Don't Be Cruel, mais aussi pour ses chansons pour son groupe Guy, Keith Sweat et Al B. Sure. Peu de temps après, Pharrell signe les couplets du single “Rump Shaker” - qui sera certifié double platine - extrait de Wrecks-N-Effect, l'album de Teddy Riley sorti en 1992.
Pharrell et Chad collaborent ensuite avec SWV et rencontrent Sean “Diddy” Combs, qui fait appel à eux pour produire des chansons pour Total et Mase. Mais c'est “Superthug” de Noreaga, tube rap underground de 1998, qui permet aux Neptunes de s'imposer auprès de la communauté hip-hop. Le duo a collaboré depuis avec une myriade de stars, notamment Ol' Dirty Bastard, No Doubt, Janet, Britney Spears, *NSYNC, TLC, Usher, Mary J. Blige, Toni Braxton, Kelis, Busta Rhymes, Babyface, Mariah Carey et Justin Timberlake. En 2003, les Neptunes remportent un 'Grammy Award' dans la catégorie producteur de l'année.
Mais Pharrell a plus d'une corde à son arc. Il a conçu des lunettes de soleil de luxe pour Louis Vuitton, lancé 'Billionaire Boys Club', une marque de vêtements, et Ice Cream, une collection de chaussures. Il a créé l'équipe de skateboard Ice Cream et a collaboré avec Tony Hawk, star de skate board, afin d'encourager les jeunes des quartiers à participer aux compétitions X-Game.
Malgré cette réussite, Pharrell est resté quelqu'un de humble, qui espère faire partager sa vision à ses auditeurs par le biais de sa musique.
“J'essaye simplement de contribuer au retour d'une musique plus percutante sur les radios et la télévision,” déclare Pharrell. “Lorsque j'étais gamin, on se précipitait sur la télé pour voir un rappeur et on était estomaqué. Ça me manque. Je suis content de ce qui m'arrive et d'avoir une telle opportunité. J'ai donc l'intention d'en profiter pour m'infiltrer, comme au baseball. Je veux sortir des clivages raciaux, j'ai été élevé comme ça.”